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LA PUBLICITE VUE PAR 20 Minutes

Un homme tout nu dans 20 Minutes

Un homme athlétique, tout bronzé excepté au niveau du pénis, illustre la nouvelle campagne d'Aides, qui "félicite les gens qui se sont protégés ce été".

La campagne publicitaire 2005 d'Aides, l'association de lutte contre le SIDA, a de quoi attirer les regards. Un éphèbe athlétique, nu et bronzé, s'affiche en pleine page du quotidien gratuit 20 minutes dans son édition de jeudi 15 septembre.
Tout son corps est doré, à l'exception de la verge, blanche et au repos. Une marque de bronzage qui suggère un port assidu du préservatif durant la saison des amours. "Aides félicite tous ceux qui se sont protégés cet été", dit la légende.
"Les campagnes qui sont faites depuis 20 ans en France n'ont pas fonctionné", a souligné Olivier Arnou-Laujeac, porte-parole d'Aides, en déplorant un recours insuffisant aux préservatifs et aux tests de dépistage.
L'association de lutte contre le sida a choisi ce "petit clin d'oeil pour valoriser les comportements safe", a-t-il expliqué.

"Premier rapport"

La publicité a été utilisée une fois, il y a quatre ans, dans le quotidien Libération. "On a voulu qu'elle interpelle et que les gens la regardent", a noté Olivier Arnou-Laujeac.
D'après lui, l'été est "la période où il y a le plus de contaminations". "C'est la période la plus propice au relâchement des comportements (...) C'est l'époque des tromperies" mais aussi celle du "premier rapport", pas toujours protégé, pour de nombreux jeunes.

Lundi 19 Septembre 2005

20 MINUTES TENTE DE SE JUSTIFIER

Extraits de la page courrier des lecteurs du quotidien gratuit (19 septembre 2005)
Des lecteurs énervés et choqués
Chaque matin, notre conversation relate des grands sujets d'actualité lus dans 20 Minutes (...) Mais ce matin, nous n'avons pas parlé de l'actualité, mais d'une publicité (...) : elle représente un homme nu avec un sexe bien visible. Bizarrement, personne n'a retenu qu'il s'agissait d'une pub contre le sida, mais plutôt que votre magazine gratuit est ouvert à tous et diffusé à grande échelle. Ce qui veut dire que toute personne, y compris les enfants, ont accès à cette photo assez dérangeante.
Trois lecteurs fidèles, mais pas contents

C'est bien d'inciter les gens à se protéger mais de là à mettre un homme entièrement nu... Habituellement, je rapporte ce journal chez moi, mon mari et ma fille de 11 ans le lisent. Mais là franchement je vais m'abstenir.
Caroline

Votre journal se veut ouvert à tous; il n'est pas catalogué porno ! (...) Les auteurs de cette publicité et Aides devraient être critiqués. Mais 20 Minutes reste responsable des publicités qu'il choisit de diffuser. (...) Faites attention à l'avenir. C'est la réputation de votre journal qui est en jeu.
Un lecteur

Réponse de 20 Minutes :

Publiée dans notre édition parisienne du jeudi 15 septembre, la campagne de Aides, association de lutte contre le sida, n'a pas laissé indifférent.
Ces réactions soulèvent deux questions. D'abord le rapport à la nudité, beaucoup moins libéré qu'on ne croit, alors même que le photographe Spencer Tunick a déshabillé des centaines de Lyonnais (c'était sur toutes les télés la semaine dernière). Moins anecdotique est qu'il faille encore recourir à ce type de publicité choc pour rappeler que les pratiques sexuelles à risques, chez les homos et chez les hétéros, ne régressent pas et qu'une douce complaisance s'installe insidieusement face au sida.
19 septembre 2005 (20 Minutes)


Commentaire de Familles Médias : 20 Minutes ne s'excuse pas se contentant de désigner d'autres petits camarades alors même que, pour parler cru, aucun sexe en gros plan n'a été dévoilé sur les télévisions contrairement à ce que laisse entendre le quotidien gratuit. 20 Minutes tente de minimiser et d'étouffer alors que la page courrier dénote qu'il y a eu une vraie vague de protestation. La question demeure : le quotidien gratuit assume-t-il l'exhibition qu'il a imposée à nombre de ses lecteurs mineurs, le jeudi 15 septembre ?

Lundi 19 Septembre 2005

QUAND AIDES CONDAMNAIT BENETTON POUR PUBLICITE PROVOCANTE

Le tribunal de Paris a condamné, mercredi, la société italienne Benetton et la société suisse United Colors of Benetton Communications, en raison d'une publicité diffusée à l'automne 1993 montrant un bras tatoué « HIV positive ». Estimant que ce message « laisse la place à des associations d'idées nuisibles aux personnes, dont la souffrance se révèle exploitée d'une façon provocante », le tribunal, présidé par Françoise Ramoff, a interdit à Benetton de reprendre cette campagne sous astreinte de 50.000 francs par infraction. Il a aussi condamné l'entreprise Benetton à verser 50.000 francs de dommages et intérêts aux trois séropositifs qui avaient porté plainte, et 1 franc symbolique à l'association AIDES. Benetton a fait appel de la décision. Cette décision « fera jurisprudence, elle marque les limites de l'exploitation publicitaire et commerciale de la maladie et des personnes qui en souffrent », a déclaré hier dans un communiqué AIDES. L'association estime également que la « stigmatisation insupportable véhiculée par ces affiches (...) était susceptible d'amplifier les manifestations d'exclusion et de rejet » des personnes séropositives. 3 février 1995 (L'Humanité)

Lundi 19 Septembre 2005

INTERVIEW DU PRESIDENT DE FAMILLES MEDIAS

La Fédération Familles Médias a décidé de réagir à la publication, le jeudi 15 septembre 2005, d'une publicité particulièrement crue,en saisissant le Parquet des Mineurs de Paris.

Maître Antoine Beauquier

Pourquoi avoir saisi le Parquet sur cette affaire alors que beaucoup de personnes constatent chaque jour la montée des images crues ou violentes dans l'univers médiatique ?

Parce ce qu'il s'agit là d'un journal gratuit, largement distribué, accessible aux mineurs et que ceux qui ont fait cette publicité ne peuvent par conséquent pas ignorer qu'elle sera vue indistinctement par les enfants et les adultes. Il y a aussi le caractère particulièrement explicite de la photographie.

Pouvez-vous nous dire la teneur de votre courrier au Parquet des mineurs ?


Permettez-moi de garder ces éléments dans le cadre des relations entre la Justice et notre fédération. Cette intervention, comme beaucoup d'autres, s'inscrit dans la nécessité d'alerter les magistrats en charge de la protection de l'enfance, dès lors que celle-ci nous semble bafouée. C'est une action citoyenne qui entre d'ailleurs parfaitement dans le cadre de l'intention affichée par la plupart des autorités publiques de renforcer la protection des enfants dans notre société.

Qu'attendez-vous de concret sur cette affaire ?

C'est à la Justice de trancher. Mais du côté des mouvements de défense des enfants, il faut absolument une vaste mobilisation. Car le décalage est flagrant entre l'état de l'opinion publique et la réalité des abus. Toutes les enquêtes d'opinion convergent pour demander une protection accrue des enfants contre les images qui peuvent heurter leur sensibilité, mais la puissance des groupes d'influence portant cette cause n'est pas à la hauteur de cette majorité silencieuse. Ne nous leurrons pas : il s'agit d'un rapport de force. Et, pour le moment, le plus grand nombre en sort perdant.

N'y a-t-il pas quelque chose de dangereux, voire d'injuste, à contester une publicité en faveur de la lutte contre le sida ?


Nous ne nous situons pas sur ce terrain. Sauf à poser une question : la lutte contre le sida devrait-elle s'affranchir de toutes les règles de déontologie dans le domaine de la communication ? Je prends cette image pour ce qu'elle est, indépendamment de la cause qu'elle affirme servir. A ceux qui portent la responsabilité de sa diffusion d'expliquer ce qui légitime, à leurs yeux, qu'elle soit exposée ainsi, sans avertissement, à tout lecteur d'un quotidien gratuit.

En tant qu'avocat et récent président de la Fédération Famille Médias, est-ce une réorientation de la politique de votre association ?

Pas du tout : je m'inscris en parfaite continuité avec celle qu'à conduite mon prédécesseur et ami Dominique de Longeaux. Notre souhait est de rassembler largement autour de cette cause, sans nous laisser impressionner par quiconque, tout en maintenant les relations de partenariat ouvertes avec les pouvoirs publics au service de la famille et des enfants.

Comment peut-on vous aider ?

Il n'y a pas de mystère, nous avons besoin de qualité et de quantité.

- Qualité des témoignages et des interventions à propos desquels j'insiste sur la nécessité de ne pas tomber dans l'agressivité gratuite ou les amalgames.

- Quantité des personnes prêtes à nous soutenir.

C'est pourquoi je lance un appel à ceux qui seraient tentés d'abandonner la partie devant la montée en puissance de comportements médiatiques qui leur paraissent contraire à la dignité humaine. Qu'ils se fassent le plus vite possible connaître de nous !

Vendredi 16 Septembre 2005

UNE ETAPE DE PLUS DANS L'AFFAIBLISSEMENT DE LA PROTECTION DE L'ENFANCE

Est-il normal que des enfants ou adolescents qui se servent au distributeur d'un quotidien gratuit découvrent en pleine page la photographie d'un homme nu ? C'est pourtant ce qui s'est passé le jeudi 15 septembre 2005. Une publicité, particulièrement crue, entendait "féliciter" de cette manière "tous ceux qui se sont protégés pendant l'été". L'initiative déjà contestée par certains est revendiquée par l'association qui la signe : "on a voulu qu'elle interpelle et que les gens la regardent". (voir les articles de presse sur ce sujet).

Le 15 septembre 2005, nous constatons que la société a franchi une étape de plus dans l'abandon de la protection des mineurs. La légitime prévention du sida doit-elle aller jusqu'à autoriser une forme d'exhibitionnisme que beaucoup ont le droit de considérer comme contraire aux lois sur la protection de l'enfance ? Comment peut-on, d'un côté, vouloir protéger les enfants, les adolescents et les jeunes, filles ou garçons, contre les agressions sexuelles dont ils sont de plus en plus souvent les victimes et considérer, de l'autre, comme légitime cette publicité ? On leur donne à voir, sans qu'ils l'aient choisi, une image qui ressemble à s'y méprendre à celle d'un exhibitionniste les agressant dans l'espace public, au mépris de leur sensibilité et, par ailleurs, de la liberté des parents dans le domaine de l'éducation au corps, à la pudeur et à la sexualité.

Sur ce fait divers précis, la Fédération Familles Médias a décidé de réagir en saisissant le Parquet des Mineurs de Paris. Plus globalement, elle entend rassembler toutes les personnes, indépendamment de leur sensibilité politique ou religieuse, pour revendiquer paisiblement que les médias accessibles aux enfants et adolescents respectent leur dignité.


Vendredi 16 Septembre 2005