- Auteur : Serge Tisseron
- Éditeur : Bayard
- Dépôt légal : septembre 2004
- 150 pages
- Prix : 15,90 €
Le titre pourrait être : "Manuel à l'usage des parents dont les enfants regardent trop d'images" car si le chapitre le plus important en nombre de pages est consacré à la télévision, l'auteur aborde aussi la presse enfantine, les bandes dessinées, le cinéma, la publicité, les magazines pour adultes, les jeux vidéo et Internet.
Psychiatre et psychanalyste, il travaille depuis vingt ans sur nos relations aux images et consacre les deux premiers chapitres à la relation du petit enfant à l'image notamment à travers ses dessins et à la façon dont il appréhende les photos de l'album de famille.
En ce qui concerne la télévision, l'auteur insiste sur le fait que les parents doivent lutter sur deux fronts en même temps. D'un côté, ils doivent encadrer la consommation d'images de leurs enfants en fixant des limites horaires et en leur interdisant certains spectacles. Mais, d'un autre côté, ils doivent savoir que malgré toutes leurs précautions, ils n'éviteront jamais qu'ils ne voient un jour ou l'autre, chez eux ou ailleurs, des images qui les malmènent, qu'il s'agisse de violence ou de pornographie. Il est alors capital que l'enfants puisse en parler. C'est pourquoi il faut que les parents prennent l'initiative d'ouvrir le dialogue avec leurs enfants. C'est le seul remède à la fois à la crise de l'autorité parentale et au danger des médias.
Le mieux est de partir de ce qui a pu choquer l'enfant et de chercher avec lui ce qui l'a gêné dans ce qu'il a vu. C'est une manière de lui permettre de "digérer" les images qui lui sont en quelque sorte "restées en travers de la gorge" et c'est aussi une façon de le sensibiliser au fait que toute image est un rapport de force entre elle et lui et qu'il devra s'en méfier.
Toujours dans ce chapitre l'auteur insiste sur la nécessité de regarder avec l'enfant certaines émissions qui lui sont destinées afin de l'éduquer à la lecture de l'image télévisée en mettant l'accent sur toutes les différences qui existent entre le monde de la réalité et ce qu'il voit à la télévision. Il développe les trois moyens complémentaires par lesquels un enfant malmené par des images peut reconstruire ses repères.
Dans le chapitre consacré au cinéma, l'auteur aborde le thème de la violence et attire notre attention sur le fait que cette violence est souvent le fait de criminels pervers dont la jouissance à transgresser les lois communes est le sujet principal du film, ce qui n'existait pas il y a trente ans. Cela a relativement peu d'importance lorsque les circonstances de leurs crimes sont tellement exceptionnelles que nul ne peut songer à les reproduire comme c'est le cas dans Le silence des agneaux ou Hannibal le Cannibale. Mais c'est beaucoup plus préoccupant lorsqu'il s'agit de personnages et de situations qui évoquent l'environnement familier des jeunes, comme dans Scream.
Les deux derniers chapitres consacrés à la publicité et aux magazines pour adultes d'une part et aux jeux vidéo et Internet d'autre part sont beaucoup moins développés mais contiennent de précieuses indications concernant l'impact de l'image dans ces médias.
Une seule réserve, mineure : dans le chapitre sur la presse enfantine et la bande dessinée, l'auteur vante les mérites des albums de Zep, Titeuf, sous prétexte que ses personnages rougissent, transpirent, font des grimaces, vomissent, pètent… bref qu'ils parlent avec leur corps. Cela ne nous parait pas un moyen idéal pour faire progresser l'enfant vers l'âge adulte.