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LE LIVRE NOIR DE LA TELEVISION

- Auteur : Michel Meyer (la quatrième de couverture dit qu’il est l’auteur de plusieurs romans ou essais et qu’il exerce actuellement de hautes responsabilités dans le fameux Paysage Audiovisuel Français).
- Éditeur : Grasset
- Dépôt légal : février 2006
- 502 pages



Le titre du livre est un peu trompeur car il s’agit en fait de l’histoire du PAF des vingt dernières années. Bien sûr l’auteur ne rate aucune occasion de mettre en évidence les nuisances produites par les différentes chaînes, mais la trame du livre c’est l’action de ceux et celles qui ont marqué la télévision pendant ces années :

- les présidents de chaîne : Patrick Le Lay pour TF1, Nicolas de Tavernost pour M6, Marc Tessier (maintenant Patrick de Carolis) pour France Télévision (A2 et FR3), Jean-Bernard Lévy et Bernard Meheut pour Canal+ ;

- les producteurs/animateurs d’émissions : J.P. Elkabbach, Mireille Dumas, J.L. Delarue, T. Ardisson, M. Drucker, L. Ruquier, Ch. Dechavanne, M.O. Fogiel, Cauet…

- les grands groupes financiers qui contrôlent les chaînes : Bouygues, Vivendi, Bertelsmann, Lagardère, Endemol ;

- sans oublier le CSA, notamment sous la présidence de Dominique Baudis, et les hommes politiques : ministres de la Culture, Premiers Ministres, Présidents de la République.

Cette action est commandée par la course à l’audimat, condition essentielle pour décrocher la manne publicitaire indispensable à l’équilibre budgétaire des chaînes privées et la manne de l’État indispensable à celui des chaînes publiques.

Déjà, au milieu des années 1980, le magnat italien de la presse, Carlo de Benedetti, disait : « La télévision ne sera jamais qu’une machine à diffuser de la publicité. A l’avenir, la qualité d’un programme sera jugée sur sa capacité à divertir. Sa valeur artistique ou esthétique, tout le monde s’en moquera ! Divertir, ou plutôt distraire : tel seront les maîtres mots du futur ! Distraire pour mieux désarmer le téléspectateur, le captiver, annihiler son sens critique afin de le livrer en pâture aux messages de la publicité. » (page 155).

Vingt ans plus tard, comme en écho, Patrick Le Lay, patron de TF1, dira : « A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » (Les Dirigeants face au changement, préfacé par Ernest-Antoine Seillière, juillet 2004, Éditions du Huitième Jour).

Pour « divertir » le maximum de gens il faut d’une part se mettre à la portée du plus grand nombre d’où l’invasion dans les programmes de ce que les professionnels appellent le « trash » (le Harrap’s traduit ce mot par : chose sans valeur, camelote, détritus, déchet, ordure), d’autre part traiter tous les sujets même les plus sérieux sous forme de divertissement, ce qui interdit toute réflexion digne de ce nom et donne le primat à l’émotionnel.

L’avant-dernier chapitre intitulé « La société du spectacle » commence par cette phrase de Louis-Ferdinand Céline : « Avec la télé, demain on pensera sans effort, puis on ne pensera plus. » Le moins qu’on puisse dire est que ce chapitre ne porte pas à l’optimisme. On y apprend notamment que :

- Selon les chiffres du CSA, quelque 500.000 enfants de moins de douze ans verraient au moins un film porno par an, la directive européenne Télévision sans frontières n’est devenue loi de la République qu’expurgée de l’une de ses clauses centrales interdisant précisément toute forme de scènes pornographiques ou d’extrême violence. (page 476)

- Les enfants passent en moyenne 1.400 heures par an devant le poste contre 850 à l’école, 1.400 heures que l’auteur qualifie à juste titre de « maltraitance émotionnelle ». De plus, la majorité n’a pas d’interlocuteurs familiaux : familles éclatées, parents absents, trop occupés ou se désintéressant de leur progéniture. Ils se retrouvent donc perdus face à la télévision et menacés de confondre les repères et les modèles de la télévision avec ceux de la vie. (pages 483-484)

Le dernier chapitre intitulé ironiquement « Rien que du bonheur » à propos du meilleur des mondes que nous préparerait la télévision cite cette phrase de Philippe Barbarin, jeune archevêque de Lyon lors de son arrivée dans la capitale des Gaules : « Éteignez la télé, allumez l’Évangile ! ». Mais combien sont capables de ne serait-ce qu’entendre ce message ? Quant à le mettre en application…

En conclusion, un livre intéressant bien qu’un peu long surtout pour ceux que n’intéresse pas particulièrement le parcours professionnel des hommes et femmes qui ont marqué le PAF dans les vingt dernières années.