- Auteur : Vladimir Volkoff
- Éditeur : Editions du Rocher
- Dépôt légal : novembre 1998
- 288 pages
- Prix : 19,67 €
Ecrit en 1998, ce livre reste incontournable sur le sujet. Le sous-titre "Du cheval de Troie à Internet" donne une idée de l'ampleur du sujet traité.
Après avoir analysé la propagande qui affiche clairement son objectif, l'intoxication qui ne vise que les élites, l'auteur définit la désinformation comme "Une manipulation de l'opinion publique, à des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés."
Puis, comme l'indique le sous-titre de l'ouvrage, il parcours les siècles depuis le cheval de Troie – véritable chef-d'œuvre de désinformation – jusqu'à nos jours en s'arrêtant sur les cas les plus typiques que l'Histoire ait connus. Pour chaque étape historique, le bouche-à-oreille, l'imprimé, la radio, la télévision, l'Internet, Volkoff démonte les mécanismes utilisés, de la conception d'un projet de désinformation à sa pratique, en passant par tous les types d'accessoires utilisés :
- accessoires verbaux : langue de bois, utilisation de mots courants en en détournant le sens comme bavures, chasse aux sorcières, sans-papiers, tolérance, droits de l'homme, IVG…
- accessoires sensoriels, notamment les images subliminales comme celles de François Mitterrand au journal de 20 heures d'Antenne 2 lors de la campagne présidentielle de 1988;
- "caisses de résonance" permettant de toucher l'opinion publique.
Un chapitre entier est consacré à la guerre de Bosnie des années 1990. Il s'agit là d'un véritable cas d'école. Quasiment tous les ingrédients d'une entreprise de désinformation ont été utilisés pour diaboliser les Serbes aux yeux de l'opinion mondiale.
Les deux derniers chapitres ne sont pas optimistes quant à l'avenir compte tenu de la concentration croissante des grands groupes de médias, de l'absence totale de contrôle sur les informations qui circulent sur Internet et de l'absence de sens critique des jeunes générations. On pourrait ajouter la raréfaction des sources d'informations : en France il n'y en a plus qu'une, l'agence France-Presse.
L'auteur cite fort à propos cet extrait du discours de Soljenitsyne à Harvard en 1978 : "Sans qu'aucune censure ne soit appliquée, l'Occident sépare scrupuleusement les idées à la mode de celles qui ne le sont pas, et ces dernières, sans être interdites par quiconque, ne peuvent être réellement exprimées ni dans la presse périodique, ni par le livre, ni du haut des chaires universitaires." On pourrait ajouter : ni à la télévision.
Pourtant, dans le dernier chapitre intitulé "Que faire ?" l'auteur esquisse quelques conseils à destination des consommateurs d'informations, des professionnels de l'information, de l'État, sans toutefois se faire trop d'illusions sur la capacité des uns et des autres à mettre ces conseils en pratique. Et de conclure en disant : "Pour me consoler je me dis que diagnostiquer le mal n'est pas le guérir mais qu'on le guérit rarement sans l'avoir diagnostiqué."