Catégorie : Actualités
03/07/2010

Qu'est-ce que la laïcité ?




L'italie, soutenue par une dizaine de pays européens, a appelé, ce 30 juin, la Cour européenne des droits de l'homme à revenir sur son arrêt interdisant la présence des crucifix dans les salles de classe en Italie. L'opinion publique italienne avait été révoltée par la sentence.

La laïcité peut-elle s'accommoder de signes religieux, qui sont partie intégrante de la culture d'un peuple ?

 

C'est là qu'on voit que le mot laïcité, qui est chez nous d'emploi courant, qui est martelé sans cesse sur la scène publique, n'est pas si évident qu'on le croit. Si la Constitution de la Ve République stipule bien que notre État est laïc, on rechercherait vainement une sorte de définition philosophique du terme dans les textes officiels. La fameuse loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'État n'emploie même pas ce terme de laïcité. Elle se contente d'affirmer que la République ne reconnaît, ni ne finance aucun culte. Ce qui est sans aucun doute une précision capitale. La France vivait depuis Napoléon sous le régime du Concordat qui faisait de l'Église catholique une sorte de service public, financé par l'État, notamment au moyen des salaires versés aux ministres du culte. La séparation a aboli ce système, en privatisant en quelque sorte un service public. Sur le moment, dans un climat très conflictuel, on ne saisira pas toujours la véritable portée de la loi, qui, au demeurant, sera amendée au lendemain de la Première Guerre mondiale à la satisfaction du Saint-Siège.


On comprend mieux aujourd'hui qu'il y avait quelques avantages pour l'Église à acquérir sa totale liberté par rapport à l'État même si la notion d'autorité spirituelle n'est plus reconnue officiellement. Cette autorité n'en subsiste pas moins de facto. L'État, de son côté, n'est plus lié à une identité confessionnelle, mais il aura forcément à négocier avec l'Église catholique et les autres confessions religieuses, aujourd'hui l'Islam. La laïcité lui donne-t-elle une sorte d'identé idéologique de rechange? Certains en sont persuadés et pensent à la philosophie des Lumières, à un certain rationalisme de nature anti-religieuse. Mais rien n'autorise à une telle confusion, même pas la Déclaration des droits de l'Homme contenue dans la Constitution. Des personnes et des familles intellectuelles très différentes peuvent se reconnaître dans cette Déclaration, sans avoir de philosophie commune.


C'est pourquoi il ne convient pas de conférer à la laïcité l'équivalent d'un substitut de religion. Émile Poulat, qui est l'historien contemporain qui a le plus travaillé sur le sujet, parle de « notre laïcité publique », qui relève beaucoup plus d'un sain empirisme ou d'une option prudentielle de l'art de gouverner que d'un système complet censé exprimer le destin du monde et les fins de notre humanité.

Gérard LECLERC


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