Catégorie : Actualités
12/07/2010

La Coupe et les politiques

par Serge Plenier


Avec la victoire de l’Espagne sur la Hollande à Johannesburg se clôt un feuilleton qui aura tenu la planète en haleine pendant un mois.


A vrai dire, le feuilleton a commencé plutôt mal, du moins pour les Français qui ont vu leur équipe se déshonorer de la façon la plus pitoyable. L’affaire fut jugée si sérieuse que les responsables supposés de la débâcle ont dû s’expliquer devant le chef de l’Etat lui-même. Le football était devenu une affaire d’Etat.


On peut s’en étonner, voire s’en irriter, mais le phénomène n’est pas vraiment nouveau. Cela fait beau temps que les politiques s’intéressent de très près au sport. Sans remonter jusqu’aux Jeux antiques (déjà très instructifs à cet égard), la pratique sportive a fait l’objet de soins jaloux de la part de tous les gouvernements, aussi bien dans les démocraties que dans les Etats totalitaires. Souvenons-nous des athlètes des pays socialistes transformés en hommes-sandwich du bloc soviétique.
Il est vrai que les enjeux du sport sont trop importants pour que l’Etat puisse s’en désintéresser. Outre le souci de la santé publique et de pédagogie sociale (notamment à l’égard des populations immigrées), le sport est vu comme une représentation permanente de la nation, son miroir, y compris en dehors des frontières. Le sportif est toujours un peu l’ambassadeur de son pays. Enfin, aucun responsable politique ne peut négliger un phénomène qui fédère les émotions de millions de personnes.


A cet égard, la longue descente aux enfers de l’équipe de France est terriblement instructive. On se souvient de la coupe du Monde de 1998 : cette année-là fut le triomphe de la France "black-blanc-beur", perçu comme le symbole éclatant de la réussite de l’intégration à la française. Il n’a fallu que quelques années pour voir ce symbole s’effondrer dans une dérive hallucinée. En Afrique du Sud, les pitoyables Bleus n’étaient plus que des "cailleras" arrogants et trop payés. On ne pouvait porter un plus mauvais coup au modèle français, ni un pire message à ceux qui, notamment dans les cités, ont vu la déchéance de leurs modèles.
Reconstruire une équipe de France digne de ce nom est donc un impératif qui dépasse le seul cadre des stades. Le sport est décidément une affaire trop sérieuse pour n’être confié qu’aux sportifs.


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