DONNONS DES VACANCES A LA TERRE
par Fabrice de CHANCEUIL
Le 16 juillet dernier, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, recevait le cardinal –archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois (et non XXIII, comme l’indiquait, par ignorance ou par négligence, l’agenda de la ministre, dont l’attaché de presse a dû confondre le patronyme du cardinal avec la numérotation du bon pape Jean). Peut-être ont-ils déclarés ensemble : « Donnons des vacances à la terre », reprenant en cela l’invitation lancée par 25 associations, mouvements et services chrétiens (dont le Secours catholique, le Comité catholique contre la faim et pour le développement, la Jeunesse ouvrière chrétienne, les Scouts et Guides de France,…), plutôt classés comme « progressistes », regroupés dans le collectif oecuménique « Vivre autrement ».
Pour la dixième année consécutive en effet, le collectif propose aux vacanciers de participer, pendant tout l’été, à une campagne de sensibilisation et d’action en faveur de la préservation de l’environnement et de la Création, estimant que la Terre, blessée et épuisée par ce que l’homme lui fait subir, a besoin de repos (www.ete-autrement.org).
Les initiateurs de la campagne ne cachent pas leur opposition au modèle de développement dominant, qu’ils accusent non seulement d’avoir fatigué la nature mais aussi accentué l’inégalité entre les peuples, les grandes puissances surconsommant et dilapidant pendant qu’ailleurs sur la planète, d’autres sont condamnés à survivre dans l’extrême nécessité. Sans exonérer pour autant les dirigeants politiques et économiques de leurs responsabilité, ils appellent à une mobilisation de tout un chacun, partant du principe que le changement nécessaire qui s’impose à tous n’est possible qu’avec le concours de tous : « La Terre que Dieu nous a donné à gérer, nous en sommes tous responsables et nous devons veiller à laisser à tous la possibilité de vivre, hommes, animaux et plantes » dit le communiqué des associations. En cela, la campagne fait écho aux propos du Pape Benoît XVI tenus en 2007 : « L’un des domaines dans lequel il apparaît urgent d’œuvrer est sans aucun doute la protection de la Création (…) Avant qu’il ne soit trop tard, il faut faire des choix courageux, qui sachent recréer une solide alliance entre l’Homme et la Terre ».
Ces choix passent aussi par les petits gestes du quotidien que les membres du collectif appellent les vacanciers à accomplir pendant leur séjour afin de modifier leur comportement, de la consommation économe de l’eau au respect des plantations en passant par le recours au covoiturage.
En cette Année internationale de la biodiversité, « Vivre autrement » propose également une action originale inspirée des exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola. Les volontaires sont tout d’abord invités à méditer sur la Création à partir des textes de la Bible qui est aussi un grand livre ouvert sur la nature ainsi que sur d’autres écrits comme le charmant cantique de Saint-François d’Assise : « Loué soit Dieu, mon Seigneur, à cause de toutes les créatures, et singulièrement pour notre frère, Messire le Soleil, qui nous donne le jour et la lumière ! ». A partir de là, les participants se voient proposer toute une série de questions mêlant foi et pratique comme celle-ci : mes aspirations évangéliques peuvent-elles m’influencer dans mes choix de consommation, tels manger des fruits et légume de saison , issues d’une agriculture biologique ou raisonnée, éviter les poissons menacés par une surexploitation de la pêche, être vigilant sur le sujet de l’huile de palme, ne pas acheter d’animaux exotiques ?
Les réponses sont certes personnelles, intimes même, mais elles sont aussi de nature à rassembler et réunir dans un même élan, voire une même espérance, ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas.
